Tests

[TEST] Wolfenstein II : Aryen to Hell !

Wolfenstein II : The New Colossus est enfin disponible et fait face à une concurrence de fin d’année particulièrement féroce. Ceci étant Machine Games a des arguments à faire valoir, Wolfenstein : The New Order étant considéré comme un renouveau de la licence en 2014 et l’add-on The Old Blood sorti un an plus tard, sans être exceptionnel rallongeait le plaisir de jeu. The New Collossus était donc attendu, avec une campagne de promotion autant glaçante qu’hilarante – ayant conduit au développement de polémiques stériles – donnant envie de retrouver cet univers uchronique.

  • Date de sortie : 27 octobre 2017
  • Editeur : Bethesda
  • Développeur : Machine Games
  • Genre : FPS
  • Prix : 69,99€ (plutôt 49,99€ partout en fait)
  • PEGI : 16+
  • DisponibilitéVersion physique et dématérialisée
  • Xbox One X Enhanced : Oui

Make America Nazi-Free Again

Il est difficile de ne pas faire le parallèle entre ce slogan martelé à longueur de promotion de Wolfenstein II par son éditeur Bethesda et le fameux « Make America Great Again » éructé par Donald Trump à longueur de discours avant et après son élection à la présidence des Etats-Unis.  Les événements récents de Charlottesville montrant en mondovision des défilés ahurissants de dégénérés « white-supremacists » réclamant une Amérique à l’ADN épuré, puis l’attentat perpétré par l’un d’entre eux à l’encontre de manifestants pacifistes, posent un contexte actuel de tensions entre communautés humaines d’un monde globalisé et complexe où trouver sa place n’étant pas évident, l’identitaire ou le religieux apparaissent comme une porte de sortie salvatrice aux yeux des moins dotés en matière grise. Pire, ces mouvements que l’on croyait disparus ou endormis réveillent les heures les plus sombres de l’histoire récente.

Vous rajoutez à cela cette forme de complaisance du Président américain à l’égard de ces neo-nazis alors même qu’il dénigre le mouvement « Black Lives Matters » et Wolfenstein II pourrait apparaître comme une forme d’objet videoludique politisé qui apporte une pierre à la contestation de la montée des extrémismes, et des neo-nazis en particulier. C’est d’ailleurs ce que considèrent les joueurs proches de l’idéologie d’extrême-droite qui n’ont pas hésité à massacrer le jeu sur Metacritic ou ailleurs, créant une polémique qui n’avait pas lieu d’être. Les acteurs du jeu ont tenu à rappeler lors d’un podcast du Hollywood Reporter que la seule comparaison possible entre le jeu et l’histoire au sens large est que les nazis sont des « bad guys », un point c’est tout, et quand bien même l’actualité conduit à évoquer ces sujets, ce n’est pas du tout la volonté du studio, des scénaristes ou de l’éditeur.

Uchronique le Reich

Vous le savez, Wolfestein est une uchronie au sein de laquelle on incarne William « BJ » Blazkowicz, un sergent de l’armée américaine chargé par le Bureau des Opérations Secrètes d’investiguer sur les recherches occultes du IIIe Reich. Uchronie parce-que les allemands ont gagné la deuxième Guerre mondiale et qu’ils dominent désormais le monde.

Wolfenstein II est la suite directe de The New Order, et si vous n’avez pas joué à l’opus précédent, Machine Games vous propose un « Previously in Wolfenstein », histoire de vous résumer les aventures précédentes. Blazkowicz n’est plus que l’ombre de lui-même, avec des organes défaillants après avoir passé 5 mois alité suite à son sauvetage in extremis à l’issue des événements antérieurs. Son équipe est désormais aux commandes du Marteau d’Eva, un sous-marin volé à l’ignoble Frau Engel, et qui fait office de siège de la résistance. L’introduction nous plonge également dans le passé de Blazkowicz et plus particulièrement son enfance, lui qui est né d’une mère juive polonaise et d’un père commerçant violent et raciste.

Pas le temps de se remettre sur pieds en cette belle journée du 25 juin 1961, puisque le sous-marin est victime d’une attaque du Général Frau Engel, dont la passion est de poursuivre Blazko pour l’annihiler, et mettre fin à la rébellion. C’est donc bien en fauteuil roulant qu’il vous faudra survivre et repousser l’assaut ennemi avec le peu de forces qu’il vous reste. S’en suivra une confrontation avec Frau Engel plus cruelle que jamais, n’hésitant pas à humilier publiquement Sigrun, la propre chair de sa chair, sa fille. Le décor est posé, glaçant, dégoulinant de haine, Frau Engel étant l’archétype de la psychopathe monstrueuse et sadique.

La Résistance va devoir survivre, et trouver du soutien en quittant l’Europe pour voguer sous les eaux direction les Etats-Unis, afin de libérer le monde du Nouvel Ordre. C’était le plan initial, et il va falloir s’y tenir. Ce changement de théâtre d’opérations sera l’occasion de rencontrer d’autres résistants dans une Amérique sous domination.

Uber Story

En plein débat autour du « game as service », Machine Games propose un scénario intéressant et accrocheur, même si on peut regretter des ficelles un peu grosses parfois, notamment concernant le twist scénaristique principal qui fera évoluer notre personnage. C’est donc une vraie campagne, une vraie histoire avec une vraie densité. Les scénaristes ont énormément travaillé sur les différents lieux que l’on sera amenés à traverser, mais surtout sur les personnages secondaires qui ont tous des profils et des backgrounds splendidement écrits. Quant à notre héro, malgré le fait que la paternité frappe doublement à sa porte, il est animé de doutes, hanté par son passé, et lâché par son corps, son arme principale.

Par dessus tout, Wolfenstein II est un voyage dans des Etats-Unis des 60’s, certes revisités puisque sous occupation, mais ayant conservé les caractéristiques d’époque. En effet, on aura l’occasion d’obtenir des renforts d’un groupe de Black Panthers new-yorkais menés par la majestueuse Grace Walker. Et là tout y est, on a la sensation d’y être avec des détails allant des tenues aux allures en passant par la musique. Avec ce très joli travail d’écriture, on se croirait par moments dans des scènes toutes droit issues d’une pellicule labellisée « Blacksploitation ». Mais ce n’est pas tout, puisque l’on sera amenés à voyager à travers les Etats-Unis, mais pas que..

Mieux, le Marteau d’Eva étant la base de la Résistance, notre héros sera amené à y retourner entre chaque mission. Il vous est recommandé à ces moments de calme de flâner dans le sous-marin et de ne rien louper des échanges truculents entre les PNJ. Etonnamment, le jeu réussit à être hilarant à de nombreuses occasions alors même que l’on traverse les horreurs du nazisme et que l’on passe le plus clair de notre temps à démembrer des bataillons de SS.

Au-delà de la trame principale, il sera possible de réaliser des objectifs secondaires tels que l’élimination de cibles nazies (uberkommander) ou des objectifs plus anecdotiques. D’ailleurs, il sera possible de poursuivre ces objectifs à l’issue du scénario principal, celui-ci ne vous proposant pas de toutes les réaliser avant d’arriver à la fin du jeu. Les « complétistes » seront également ravis puisqu’il y a moult éléments à récupérer presque partout. Parmi ceux-ci, les illustrations que l’on peut recueillir sont vraiment jolies et de nombreuses d’entre elles mériteraient d’être transposées en fond d’écran sur tous les supports possibles. Les vinyles valent également le détour avec leurs pochettes tout aussi improbables et les chansons que l’on peut écouter histoire de faire une pause entre deux sessions de kills à tout va. Enfin, le jeu recèle de divers easter eggs ou clins d’oeil à la série ou à la culture geek.

Toujours aussi agréable de buter du Nazi

Si vous avez joué à The New Order, vous ne serez guère perdu en matière de gameplay. C’est toujours aussi efficace et brutal avec des attaques au corps à corps toujours aussi plaisantes. On est loin du FPS tactique au sein duquel il faut avancer prudemment, mais sans être bourrin par essence, le gameplay vous invite à foncer dans le tas plutôt qu’à vous mettre à couvert, mais sans y aller tout droit et tête baissée sous peine de mourir sous les balles teutonnes. Il vous faudra simplement être rapide et utiliser la configuration et la verticalité proposées par les maps pour venir à bout des vagues ennemis. Rester statique est assez punitif également, puisque l’IA vous traquera dans les moindres recoins et vous trouvera, sauf si vous êtes véritablement inatteignable.

L’autre option est de favoriser l’approche furtive en ne vous faisant pas repérer et surtout en ne provoquant pas le déclenchement d’alarmes qui provoquent instantanément l’arrivée de renforts ayant soif d’en découdre. Aucune difficulté ici puisque l’environnement vous permettra souvent d’accéder à des itinéraires bis dans lesquels vous pourrez vous glisser sans être vu. Si le jeu ne vous invite pas à privilégier une tactique plutôt qu’une autre, en accomplissant des objectifs (tirs à la tête, furtivité, kills à la grenade, etc.), vous pourrez débloquer des compétences spécifiques en fonction de votre façon de jouer. Il y a trois bonus de ce type classés en trois types d’approches : Furtivité, Chaos, Tactique. D’ailleurs, le scénario vous proposera d’opter plus spécifiquement pour un équipement qui favorisera l’une de ces trois approches.

On retrouve évidemment cette saveur toute particulière des FPS d’antan, tels que Doom qui conserve lui aussi ce côté oldschool où votre personnage n’a pas de radar permettant d’afficher la position des ennemis, ni la possibilité de voir sa jauge de vie remonter automatiquement dès que l’on est à couvert. Wolfenstein oblige, et c’est la marque de fabrique du titre, vous récupérerez des pièces d’armures ainsi que des kits de soin pour retrouver des conditions optimales.

Les pétoires sont variées et fournissent chacune des sensations uniques. Il sera possible de les faire évoluer en trouvant des kits d’armure planqués un peu partout dans le jeu. Les armes sont toutes joliment détaillées, et au gré des situations, vous serez amenés à varier les approches et l’utilisation de votre arsenal. Evidemment, le shotgun reste excessivement efficace à courte et moyenne portée et est clairement mon arme préférée. Aussi, Wolfenstein oblige, il est possible d’utiliser une arme dans chaque main, et même de calibres différents.

On prend alors plaisir à démembrer les nazis à la machette ou avec toutes les armes disponibles. Le moteur du jeu est assez efficace pour vous permettre d’admirer vos ennemis s’envoler soufflés par une explosion, ou leurs membres s’éparpiller allègrement. Bien entendu, vous ferez face à des adversaires de niveaux diversifiés, certains pouvant vous donner du fil à retordre du fait de leur mobilité ou de leur équipement dévastateur. Oui, attention, le jeu est assez punitif, et la difficulté est réelle. L’ayant bouclé en difficulté « Marche ou crève », certains passages ont été quelque peu tendus. Sachez qu’il existe trois niveaux au-dessus de celui-ci, dont un qui se débloque une fois que l’on a terminé le jeu.

Le rythme du jeu est aussi dynamisé par une bande-son d’excellente facture, et même si vous n’appréciez guère le métal, il s’insère parfaitement dans l’esprit du jeu et les séquences nerveuses de gunfights.

Deutsch Qualitat ?

Soyons honnêtes, vous trouverez bien plus joli dans votre ludothèque sur Xbox One. Effectivement, les textures sont assez peu détaillées et lors des passages en extérieur, la profondeur de champ reste relativement limitée. En revanche, si les graphismes ont été sacrifiés, c’est au profit de la fluidité et de la stabilité du jeu, et sur ce point, l’Id Tech 6 fait des merveilles. Machine Games visait le 60 FPS sur consoles, et il semblerait que l’objectif soit atteint. Aucun bug constaté d’ailleurs durant la phase de test et juste un seul instant de ralentissement en plus de vingt heures de jeu.

Si les graphismes en cours de jeu ne vous décrocheront pas la mâchoire, les cinématiques, elles, sont de toute beauté. L’atmosphère des 60’s est parfaitement rendue avec un grain de pellicule du plus bel effet. Les personnages sont très joliment détaillés, et le rendu de leurs expressions faciales améliore encore plus le tableau. Malheureusement, la synchronisation labiale de la version française gâche un peu la fête, alors même que le jeu d’acteurs est excellent et qu’aucun des personnages n’a été laissé pour compte, tous les doublages étant d’un niveau cinématographique. D’ailleurs, la voix de Blazkowicz n’est autre que celle de l’acteur qui double Bruce Willis. Vous notez d’emblée la recherche d’un niveau de qualité supérieure en la matière pour renforcer l’immersion.

Un truc de Barjo ?

The New Colossus est un très bon jeu et on ne peut que louer le travail d’écriture et la création d’orfèvre d’une Amérique des 60’s sous domination. Plus spécifiquement, le titre étonne en nous plongeant dans les tréfonds de la psyché de quelques-uns des personnages s’accrochant vainement aux ressorts d’une résilience probable face à ce qu’il reste d’un monde en décomposition où la propagande, l’ignominie et la barbarie sont légion.

Le plaisir de jeu est là, et tout amateur de FPS oldschool n’y trouvera que du bonheur. Certaines scènes sont déjà cultes et le passage avec la présence d’un personnage historique que nous ne nommerons pas, restera gravé dans votre mémoire de joueur. Le twist scénaristique majeur du jeu peut être déconcertant, mais c’est du Wolfenstein, tout y est possible. Au bout de la vingtaine d’heures nécessaire pour boucler la trame principale, et malgré un scénario intéressant, on reste étonnamment sur notre faim, et on en voudrait plus, il manque un je ne sais quoi et subsiste cette impression que le dernier quart du jeu aurait mérité d’être plus abouti ou plus complet.

Quoiqu’il en soit, en cette période chargée en sorties, il serait vraiment dommage de passer à côté de The New Colossus. Vous êtes prévenus ! Un jeu qui laisse la banane accrochée au visage lors du générique de fin, ça n’a pas de prix.

Notez que dans quelques jours une « pièce secrète » dont les développeurs n’ont rien révélé devrait se débloquer. De quoi revenir incarner Blazkowicz avec un brin de bave au bord des lèvres..

Vous n’aimerez pas Wolfenstein II si :

  • Vous détestez les FPS à l’ancienne
  • Vous ne supportez pas les univers uchroniques
  • Vous n’avez aucun humour
  • Vous êtes un Nazi, et vous n’avez rien à faire ici
Les plus Les Moins
  • Un travail d’écriture louable
  • Un FPS old-school comme on aime
  • Une VF au-dessus des standards habituels
  • Une bande-son accrocheuse
  • Des personnages secondaires remarquables
  • Des cinématiques superbes
  • Un humour décapant qui tranche avec l’atmosphère glaçante
  • Rejouabilité certaine
  • Des missions secondaires pour prolonger le plaisir
  • Graphismes in game un poil décevants
  • Un twist scénaristique contestable
  • Une synchronisation labiale perfectible
  • Un peu court malgré tout..

*Test réalisé à partir d’une version commerciale achetée avec les sous du testeur

Télécharger Wolfenstein 2 The New Collossus sur Xbox One

Tags

Buckshot

Lonesome stormtrooper à l'épreuve des balles, venant d'une galaxie lointaine, très lointaine...

Articles en relation

Ce sujet a 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour par  Buckshot, il y a 11 mois et 3 semaines.

Affichage de 1 message (sur 1 au total)
  • Auteur
    Messages
  • #9732

    Buckshot
    Participant

    Wolfenstein II : The New Colossus est enfin disponible et fait face à une concurrence de fin d’année particulièrement féroce. Ceci étant Machine Games
    [Lire l’article : [TEST] Wolfenstein II : Aryen to Hell !]

Affichage de 1 message (sur 1 au total)

Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.

Close

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer